Sortez de vos bureaux, allez rencontrer les entreprises, celles qui font vivre l’économie !

Intervention d'Hombeline du Parc sur le Plan d'Investissement des Compétences lors de la Séance Plénière du 29 mars 2018.

Monsieur le Président,

Ce rapport, que vous nous soumettez nous présente, encore une fois, un nouveau plan. Nouveau plan qui fait suite au pacte qui lui-même succédait au précédent plan venu remplacer le précédent pacte.

Vous souhaitez ici insérer notre région dans le grand projet gouvernemental d’investissement 2018-2022. Et malgré les critiques nourries de votre exécutif à l’égard du Président Macron sur la réforme de la formation professionnelle, je constate que vous vous précipitez pour être la 1ère région à signer la convention d’amorçage du dispositif avec l’Etat. Le projet de loi relatif à La Liberté de choisir son avenir professionnel ne viendra pourtant qu’en avril. Pourquoi tant de précipitation ?

Déjà, sous la présidence Hollande, vous avez tout mis en œuvre pour être les 1ers de la classe avec le plan 500.000 formations. C’est encore une belle démonstration que vous nous faites de la collusion d’intérêts LREMPS ! C’est donc finalement bien normal que vous vous appeliez à voter les uns pour les autres à chaque élection.

Le PIC – plan investissement compétences – prévoit d’allouer 15 milliards d’euros (soit trois fois le budget de l’agriculture) à la formation d’1 million de chômeurs et 1 million de jeunes particulièrement éloignés de l’emploi.

Que retenir de cela ?

Qu’une fois de plus, des sommes considérables sont allouées à un public très restreint : ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi, ceux qui devraient relever de la solidarité nationale, plutôt que de la formation professionnelle.

Car vous le savez, et vous en convenez en commission, il existe déjà pléthore de dispositifs à destination de ces publics. Ils ne fonctionnent pas ! À  l’évidence !

- Les Écoles de la 2ème chance, qui mobilisent 75 millions d’euros, pour un taux d’insertion à peine supérieur à la moitié,

- la Garantie jeune, qui coûte 843 millions d’euros par an (dont même pas la moitié des bénéficiaires sont en situation d’emploi – y compris précaire – ou de formation à l’issue du dispositif),

- le plan 500.000 Formations, qui a permis à 28% seulement des bénéficiaires de retrouver un emploi stable, pour un coût de 900 millions d’euros …

Nous le répétons, mais vous le savez bien, ces dispositifs ne présentent pas les résultats que l’on pourrait en attendre au regard des masses colossales d’argent public investi. Et ce n’est pas à coups de millions que vous pallierez les carences graves et profondes de l’enseignement qui est dispensé à nos enfants dans le système scolaire !

La réforme de la formation professionnelle est le résultat d’une négociation entre le MEDEF et les syndicats, sous l’œil amusé du président Macron. Il vous a retiré l’apprentissage, pour le confier aux branches professionnelles. Il vous laisse le PIC mais c’est un échange de dupes ! Les régions ne sont pas équipées, outillées pour gérer ce dossier.

Sortez de vos bureaux ! Allez rencontrer les entreprises, celles qui font vivre l’économie, celles qui créent des emplois : les TPE, les PME, les artisans, les indépendants, les start-up.

Ce sont elles qui doivent faire connaître leurs besoins. Le MEDEF et la plupart des syndicats de salariés que nous connaissons aujourd’hui ne représentent qu’eux-mêmes ! Tout comme les branches, tant que leur organisation et leur gouvernance n’auront pas été revues : il en existe plus de 700, dont 180 sont obsolètes, des dizaines redondantes ou pléthoriques et d’autres inexistantes au regard des nouveaux métiers, et beaucoup bien souvent contrôlées par le MEDEF.

Votre projet va à nouveau aboutir à de nombreuses passations de marchés avec les organismes de formation, à l’intervention de multiples intermédiaires qui toutes, ont un coût ! Et ce coût, ne l’oubliez jamais, est supporté par les contribuables. Derrière ce mot, il y a une réalité : des français qui ont souvent du mal à boucler leurs fins de mois, mais aussi des petites et moyennes entreprises, des indépendants, qui travaillent dur pour vivre et faire vivre leurs salariés. Leur argent doit être utilisé avec la plus grande considération et le plus grand respect !

Et qui fera les audits des organismes de formation ? pour quel coût ? qui les contrôlera ? avec quelle objectivité ? Encore une manne pour les organismes de formation gauchisants et politisés qui vivent du marché de l’aide sociale. Car, encore une fois, le public visé par le Plan Investissement Compétences relève plus de l’aide sociale que de la véritable formation professionnelle.

Et cela empêche, encore une fois, toutes celles et tous ceux qui auraient juste besoin d’un petit coup de pouce pour se mettre ou se remettre le pied à l’étrier de bénéficier de dispositifs adaptés à leurs besoins et des fonds nécessaires !

Dans le domaine de l’emploi, de la formation professionnelle, de l’apprentissage, tous les gouvernements successifs ont voulu ajouter leur pincée de sel … au goût hélas souvent amer. Il en résulte une succession d’acteurs, d’organismes, de dispositifs qui, loin de s’additionner pour obtenir un meilleur résultat, ont plutôt tendance à se faire concurrence. La réforme de la formation professionnelle, et le PIC que nous votons aujourd’hui, est encore une occasion manquée de tout remettre à plat afin de clarifier un domaine devenu extrêmement complexe avec une multitude d’acteurs, qui veulent tous garder leur pré-carré.

Il en est de même pour votre exécutif, qui veut être partout, de tous les comités de pilotage, comités opérationnels, comités stratégiques, avec comme credo : on va observer, évaluer, étudier. Tous ces comités Théodule seront inefficaces tant que le vrai diagnostic n’aura pas été entendu : le marché de l’emploi français se meurt de la course à la mondialisation sauvage dans laquelle nos gouvernants se sont lancés à corps perdu, mais aussi et surtout du manque d’anticipation et d’adéquation des besoins actuels et futurs des filières et sous-filières ! Et la formation professionnelle, si elle ne répond pas à cela, n’y changera rien !

Je vous remercie.