Innovation : plus la politique s’éloigne de nos régions plus elle se rapproche de Bruxelles !

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La majorité centriste et européiste de Jean Rottner au Conseil Régional du Grand Est veut créer de nouvelles institutions régionales au service d’une vision politique utopique, et au prix de dangereux déséquilibres.

En ce début d’année 2018 on retrouve cette attitude sur le terrain de l’innovation. Il est dans les compétences des régions d’aider leur tissu entrepreneurial en R&D, et celles-ci mettent en œuvre des stratégies variant d’un territoire à l’autre. En Lorraine, c’était le rôle du Centre de Ressources Régional, en Alsace, celui d’Alsace-Innovation et en Champagne-Ardenne, celui d’ID Champagne Ardenne. Chacun avait des missions, des personnels et des méthodes différentes. Aujourd’hui ces trois institutions fusionnent à l’intérieur d’une superstructure qui reprendra l’essentiel des missions d’Alsace-Innovation et aura son siège à Strasbourg.

A quel besoin correspond la création de ce nouveau super-outil par cette nouvelle méga-région qu’est le Grand Est ? Il y a en effet fort à parier que cette nouvelle politique devienne un gros casse-tête pour nos services administratifs comme pour nos entrepreneurs régionaux.

La centralisation de la politique d’innovation dans le Grand Est, via la création de l’Agence régionale d’innovation, est un écho régional à une centralisation européenne de l’innovation. Si certains objectifs poursuivis par cette stratégie, comme celui de la spécialisation intelligente ou celui des dépenses en R&D devant correspondre à 3% du PIB sont consensuels, le nouveau cadre de gouvernance de l’innovation porté par la majorité du conseil du Grand Est, ne nous semble pas pertinent.

C’est la « stratégie de Lisbonne », dont les objectifs ont été renforcés par l’agenda 2020 dix ans plus tard, qui visait à faire de l’UE en 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Elle a échoué : la part du PIB des Etats-membres consacrée à la R&D ne correspond pas à 3% du PIB ; en France, en 2017, c’était 2,24% soit une stagnation sur vingt ans, pendant qu’en Allemagne ces dépenses ont bondi de 75% entre 2005 et 2016, pour atteindre 2,87% en 2016. Nos grands groupes ont allégrement délocalisé leurs capacités d’innovation ces dernières années, vers la Chine, l’Inde, les Etats-Unis.

Le dernier rapport du Tableau de Bord Européen de l’Innovation classe la France parmi les Etats « Innovateurs suiveurs » au même titre que la Slovénie. Il n’est pas surprenant que cette UE construite largement au service des intérêts allemands place la Suède ou l’Allemagne parmi les « champions de l’innovation » de l’innovation européenne.

S’engager, ce n’est pas s’aligner. Il aurait été préférable de faire grandir les trois anciennes agences, plutôt que de déséquilibrer les capacités d’innovation entre les territoires en polarisant les services de la région à Strasbourg. Seule une Europe des Etats-nations souverains, capable de protéger leurs industries naissantes, permettra à nos entreprises d’innover sans être menacées par une concurrence trop asymétrique pour survivre.

Virginie Joron, Conseillère Régionale, Présidente du groupe FN Bleu Marine Grand Est