Nous observons une gabegie monumentale

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Intervention de Thierry Besson lors de la séance plénière du 21 décembre 2017 - Budget Formation Professionnel

Monsieur le Président

Chers collègues,

Dans votre budget primitif, vous allouez un budget de 456 millions d’euros pour la formation professionnelle et l’apprentissage, dont 105,6 millions d’euros pour le secteur du sanitaire et social.

Comme l’année dernière, vous continuez à vous égarer dans la création d’acronymes fantaisistes qui voudraient laisser penser que vous êtes en première ligne sur le front de la lutte contre le chômage dans notre région.

Cependant, les résultats sont là, le taux de chômage officiel avoisine les 10% dans notre région, oui, je dis bien officiel, car justement, une grande partie de personnes occupant des emplois précaires n’est pas incluse dans ces chiffres.

Vous nous parlez de «  réponse aux défis régionaux en matière d’orientation et de formation  «  comités de pilotage », « actions opérationnelles »  …

Nous, qui sommes lucides et ancrés dans les réalités du terrain, nous observons une gabegie monumentale, un gaspillage d’argent public monstrueux, alors qu’un nombre croissant de nos compatriotes souffre de l’enfer fiscal. Au lieu d’analyser les besoins, d’auditer en permanence, il serait grand temps d’agir !

La guerre contre le chômage ne se décrète pas et l’offensive réelle ne se mènera  pas en concluant un énième pacte, en l’occurrence le «  Pacte Offensive Croissance Formation ».

Suite à une étude sur le terrain, et à l’observation de la mise en œuvre de vos politiques dans les centres de formation locaux des professionnels de santé (infirmiers et aides-soignants), je peux vous dire que l’on est bien loin de l’ambition décrétée à longueur de pacte.

En effet, il y a un constat d’amoindrissement des cours de pratique de geste médicaux, alors que c’est pourtant un élément fondamental de la vie professionnelle de l’infirmier et de l’aide-soignant. On n’apprend pas tout face à un cahier d’école, mais bien en faisant, en pratiquant. Evidemment, la théorie médicale est indispensable, mais l’accomplissement in concreto l’est tout autant.

Même le CESER, cet organisme à mille lieux des urgences auxquelles notre pays fait face, déplore un problème évidemment d’appariement entre la demande réelle du terrain et les formations dispensées.

Nos amis allemands, dont vous ne cessez de vanter le modèle en bon adorateur zélé de l’Union Européenne, ont eux pris le taureau par les cornes dans le domaine de la formation. Résultat, le chômage des jeunes est largement sous la barre des 10% ? ALORS QU’EN France il est de 24,8%. Cela s’explique par un modèle de formation pragmatique et une orientation efficace et individualisée.

Plus d’un jeune sur deux est passé par l’apprentissage en Allemagne !

Alors que les jeunes allemands doivent faire un choix des 11-12 ans, au moment de l’entrée  dans le premier cycle de l’enseignement secondaire, les jeunes français se voient théoriquement donné,  dès 16 ans, la chance d’obtenir tous les diplômes possibles. Sauf qu’en réalité, les élèves sont marqués à vie par leur orientation (enseignement général, professionnel, différentes séries du baccalauréat). Par ailleurs, même dans les filières professionnelles, l’enseignement général (français, histoire, mathématiques, etc…) reste trop fort et ne varie pas d’un cursus à l’autre, tandis que l’enseignement pratique de la vie en entreprise est trop peu développé.

Enfin, le mépris permanent dont les filières d’apprentissages font l’objet est insupportable, il est grand temps de revaloriser nos filières manuelles qui ont trop soufferte des politiques de prêt-à-penser !

Oui, les métiers de la main sont notre fierté, notre identité et font partie intégrante de notre singularité et de notre excellence nationale !

Je vous remercie.