L’apprentissage, c’est l’acquisition et la transmission d’un savoir faire parfois ancestral

Intervention de Baptiste Pierre lors de la séance plénière du 21 décembre 2017 - Budget Lycée et Apprentissage

Monsieur le Président, chers collègues,

Je souhaite tout d’abord saluer le travail effectué par les services de la région concernant la commission Lycées et Apprentissage ainsi que la commission Formation Professionnelle. Je tiens également à remercier mesdames Marchet et Hibour pour la qualité du débat qui se tient dans nos réunions de commissions, où chacun peut s’exprimer comme il le souhaite et être écouté avec respect.

Nous nous sentons tous ici très concernés par l’apprentissage car, même sans le remarquer il nous accompagne dans notre vie de tous les jours. Nous aimons tous le bon pain frais, nous voulons tous des artisans de qualité lorsque nous faisons intervenir des entrepreneurs pour effectuer des travaux ou autre. L’apprentissage c’est la transmission d’un savoir, d’un art et souvent d’une spécificité régionale ou d’une manière de faire propre à certains savoir faire locaux que ce soit dans les métiers de bouche, du bâtiment et j’en passe.

En bref, mes chers collègues, l’apprentissage, c’est l’acquisition et la transmission d’un savoir faire parfois ancestral, d’une identité locale. Je sais que les mots « transmissions » et « identitaire » peuvent être considérés par certains comme des gros mots, mais c’est un fait : un métier c’est un héritage.

Pour en revenir au rapport en question,  je lis sur la première page de ce rapport je cite « Pour en venir en appui, d’autres politiques sont mobilisées, à l’instar de la politique Jeunesse et de celle afférentes à la formation professionnelle, notamment en termes d’orientation et d’information sur les métiers, en lien étroit avec la Chambre de Métiers, les branches professionnelles et les entreprises ». Je ne peux que vous en féliciter car cette direction est la bonne mais permettez-moi d’émettre un certain doute sur l’objectivité de celle-ci me remémorant les interventions de notre collègue Bernard Stalter en commission Formation Professionnelle. Nous sommes tous d’accord ici, du moins je le pense, pour admettre que monsieur Stalter est sans doute la personne la plus à même pour nous parler d’apprentissage dans cet hémicycle. Pourtant, au vu des différents débats en commission, j’ai l’impression que son avis d’expert en la matière n’est pas toujours pris en compte.

Nous pouvons déplorer la baisse considérable du nombre d’apprentis pour l’obtention des diplômes de niveaux IV et V. Si, à terme, plus aucun jeune ou presque n’est formé dans ces métiers d’artisanat, qui va reprendre les entreprises des personnes partant à la retraite ? Nous pouvons d’ores et déjà nous préparer à voir les vitrines des commerces de proximité de nos villes et villages fermer faute de repreneurs. Les répercussions seront à la fois touristiques et économiques. Nous sommes nous vraiment posés la question sur la véritable raison de cette baisse flagrante ?

Au risque de me répéter, comme je l’ai déjà affirmé lors de différentes réunions de commissions, le problème est que tant que l’éducation nationale freinera des quatre fers les jeunes désirant intégrer la vie active auprès d’un maitre d’apprentissage et préférant les envoyer obstinément en filière générale dans laquelle ils ne trouveront pas leur place et finiront dix ans après dans nos dossiers de commission formation professionnelle sollicitant une formation pouvant enfin leur offrir un emploi à l’issue, nous n’avancerons pas ! Nous savons très bien qu’un jeune sortant d’un apprentissage trouvera un emploi plus facilement qu’un autre ayant effectué son cursus en lycée professionnel car il aura déjà une expérience du quotidien du métier.

Un CAP ou un Brevet Professionnel aura plus de légitimité lors d’un entretien d’embauche sur un CV qu’un BEP ou un Bac Pro : ça, c’est la réalité.

Il est vrai qu’il devient parfois difficile de trouver un maitre d’apprentissage mais aujourd’hui, en France, quand on décide de prendre un apprenti, la première chose à laquelle on a droit c’est un contrôle de l’inspection du travail. Voilà où nous en sommes malheureusement.

Votre rapport présente également des points que nous ne pouvons que soutenir comme l’expérimentation de l’apprentissage 26-30 ans dans le Grand Est qui est une excellente chose surtout pour les personnes étant titulaires d’un diplôme de niveau V et désirant dix ans plus tard obtenir le diplôme de niveau IV dans le but de prétendre à un poste à plus hautes responsabilités ou de se lancer à son compte. Par exemple, certaines branches de métiers comme la coiffure exigent d’être titulaire d’un Brevet Professionnel pour pouvoir s’installer à son compte.

Nous espérons que les réformes institutionnelles iront dans le bon sens notamment en termes d’organisation des diplômes et titres. Entre les années 2000 et 2010, certaines branches de métier avaient mis en place en Alsace Lorraine le CTM ou le BTM en remplacement du CAP et du BP qui semblaient avoir de bons retours et qui ont été marginalisés ensuite. Est-ce une voie à explorer ?

Nous voterons pour ce rapport dont la volonté et les motivations sont flagrantes, nous ne nous opposerons jamais au développement de l’apprentissage. Je vous encourage à persévérer dans votre engagement de vouloir faire de l’apprentissage une voie d’excellence même si et j’espère me tromper, les moyens mis en œuvre ne suffiront peut être pas à bousculer un système indépendant de notre volonté en place depuis bien trop longtemps.

Je vous remercie.