Votre budget est logique, mais pas suffisamment intuitif

Intervention de Grégoire Eury lors de la séance plénière du 21 décembre 2017 - Budget Innovation et Enseignement Supérieur

Monsieur le président, madame, monsieur, chers collègues

Je tiens dans un premier temps à saluer le travail réalisé par les permanents du conseil régional dans un contexte particulièrement compliqué lié à la redéfinition des compétences de chacun, due à la Grand régionalisation.
Je tiens aussi à saluer objectivement la qualité des apports et l’investissement de chacun des élus sur ces questions éminemment importantes qui je pense doivent faire consensus en nos rangs, au moins dans ces objectifs.

Dans un contexte contraignant lié à la baisse assumée des dotations de l’Etat, moins 45 millions pour notre région, vous avez en bon tacticien essayé d’appliquer les principes de Foch, « Economie des moyens, concentration des efforts et maintien de la liberté d’action »

Je tiens donc à remarquer les efforts louables qui ont été les vôtres pour mettre en place un outil cohérent pour le développement économique du Grand Est, le SRDEII.

Je souhaite revenir sur le dossier majeur de 2018 : la création d’une agence unique pour centraliser l’innovation ou ARI. Cette agence entraînera la fusion des trois agences préexistantes en une structure centralisée autour d’Alsace Innovation et de ses missions

L’association de la CCIR est un signe positif donné sur l’orientation opérationnelle de cette agence et je vais vous étonner, j’espère qu’y soit associé le réseau d’Entreprise Europe network EEN, qui permettra de mettre en cohérence des sources de financements complémentaires et une mutualisation des moyens souhaitée par les entrepreneurs, ainsi qu’une uniformisation des périmètres d’intervention.
Nous apprécions le choix de répartir cette agence sur plusieurs sites, afin de donner une couverture régionale à cet outil. Mais Il y a une véritable réflexion à mener autour des compétences de cette nouvelle agence, nous aurions souhaité y être plus associé, de même qu’une part importante de l’écosystème régional.

Maintenant, durablement Il vous faut gagner les cœurs et les esprits, rassurer, car la grande agence d’innovation inquiète tout autant qu’elle est attendue. Les chiffres, les études, les analyses seules ne pourront y parvenir. Aujourd’hui votre projet manque d’âme pour pleinement être efficient, à l’image de notre région.
Alors que nous en discutons le budget, nous regrettons aujourd’hui de ne pas avoir plus d’information sur les missions et l’organisation de cette agence. Comment être les ambassadeurs de ce que l’on ne connait pas.

Alors, avant que tout ne soit gravé dans le marbre, je me permets quelques recommandations, ne pratiquez pas l’innovation destructive, l’innovation de façade qui vise à privilégier ce qui est nouveau pour la seule raison qu’il est nouveau. Il faut identifier ce qui est déjà performant même s’il doit évoluer, ne faites pas table rase du passé, ce serait contre-productif.
En effet, les entreprises ont besoin de stabilité, l’écosystème de notre région a besoin de se poser, il faut arrêter de changer sans cesse les règles du jeu, les dispositifs, les orientations, les entrepreneurs doivent aussi avoir une continuité dans leurs relations et ne pas changer d’interlocuteurs, les ruptures relationnelles sont préjudiciables au bon fonctionnement, mais aussi à la pérennité de votre projet, ces révolutions permanentes de nos dispositifs et collectivités sont par leur succession préjudiciable à notre économie.
En quelques mots, vous voulez et nous sommes d’accord :

  • dérisquer et accélérer et enfin faire de l’open innovation
  • le soutien au premier client problématique souvent vital pour les Start-up
  • favoriser la participation des entreprises innovantes de notre région aux marchés publics
  • créer des territoires d’innovation de grande ambition pour notre région

Je ne reviens pas sur la pertinence des outils de financement et de garantie mis en place en lien avec BPI, 48 millions mobilisables pour nos entreprises innovantes, c’est encourageant et concret.

Cependant nous serons attentifs :
➤ Aux interlocuteurs non fusionnés, certains CEI comme Promotech dont le savoir-faire est reconnu depuis plus de 30 ans, l’incubateur lorrain moins subventionné que celui d’Alsace, le C2ime reconnu pour ses résultats au niveau lorrain et dont le financement est encore incertain, les laboratoires de l’innovation que sont les 15 Centres Régionaux d’Innovation et de Transfert de Technologie (CRITT) et parmi eux les 12 Centres de Ressources Technologiques (CRT). Le budget primitif souhaite que ces laboratoires développent une offre commerciale, ce nouvel objectif de rentabilité et de commercialisation peut paraître contradictoire avec l’activité de recherche, pas immédiatement rentable.

➤ nous craignons que cette rationalisation ne s’accompagne de création de nouvelles agences d’innovation, métropolitaine par exemple, ce qui remettrait en cause la cohérence de votre travail d’harmonisation et créerait une concurrence intra régionale

➤ Il faut encore plus favoriser l’augmentation de la part de PIB consacrée dans le Grand Est à la recherche et au développement (R&D), dépasser les 1,3 % et tendre vers le seuil de 3%.

➤ Dans le cadre du financement des start-up en lien avec la French-Tech : on risque de renforcer les inégalités entre métropoles et zones rurales.

Et enfin, nous avons comme richesse notre jeunesse, et particulièrement les étudiants de l’enseignement supérieur dont notre région est généreusement dotée, mais le paradoxe c’est notre manque d’attractivité ainsi une fois les études terminées, beaucoup trop quittent notre région par manque de débouchés, c’est fort regrettable.

Il y a donc des efforts à faire, notamment en visibilité de l’offre d’innovation, échange et transfert de connaissance, création d’outils collaboratifs interentreprises, recherche et universités.

Cependant nous ne suivons pas le CESER dans ses préconisations pour un schéma régional pour l’enseignement supérieur et la recherche. Le SRDEII dans sa forme nous convient comme la fusion des commissions innovations et enseignement supérieur et recherche, dans une volonté de cohérence opérationnelle.

En conclusion, ce budget développe une politique d’innovation certes louable mais qui entérine la tendance à la métropolisation, favorisant ainsi la fracture territoriale de notre région. Votre ambition aurait pu être, au contraire, de corriger et d’infléchir les déséquilibres entre les territoires ruraux et les métropoles. Vous auriez pu adosser raisonnablement notre politique d’innovation en capitalisant sur la réussite de nos petites et moyennes entreprises au lieu d’espérer une attractivité exogène sur la R/D des grands groupes. Enfin, je regrette l’oubli d’un vrai outil de prospective qui nous permettrait d’imaginer demain, notamment dans la perspective de cette nouvelle rupture technologique liée à l’intelligence artificielle. Henri Poincaré a résumé ce que doit être notre état d’esprit aujourd’hui : « C'est par la logique que nous prouvons et c'est par l'intuition que nous découvrons ».
Votre budget est logique, mais pas suffisamment intuitif.
Pour ces raisons, notre groupe votera CONTRE

Grégoire Eury,
Conseiller régional Grand Est, Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine