Sur ce budget, nous demandons un droit d’inventaire

Classé dans : Séance plénière, Vidéo | 0

Intervention de Françoise Grolet lors de la séance plénière du 21 décembre 2017 - Budget 2018 - Commission Relations Internationales et Transfrontalières

S’il est bien un atout exceptionnel pour notre région, qui fait son originalité en France, c’est notre situation géographique au coeur de l’Europe de l’Ouest, et aux frontières de quatre pays. C’est pourquoi nous soutenons tout au long de l’année l’action transfrontalière, lorsqu’elle est concrète et utile à nos concitoyens.

Vous avez dit, M. le Pdt que vous êtes plus qu’intéressé, passionné par cet enjeu, nous aussi. Alors comprenez que nous soyons exigeants sur ce qui est fait de l’Europe au quotidien. Comprenez que nous puissions dire aussi ce qui ne va pas, et que tout le monde sait mais ne dit pas.

Comme la lourdeur des instances de coopération institutionnelle auxquelles participe la région.
Comme le coût énorme de la gestion des projets européens, notamment l’assistance technique au montage des dossiers (dont 766 000 € supportés par la région). Est-il besoin de faire des aller-retours avec la Commission de Bruxelles pour faire vivre des projets entre l’Alsace et le Bade-Wurtemberg, ou dans l’espace Saar-Lor-Lux ?

Etant entendu que, nous le répétons chaque année, la France est un généreux mécène de l’UE : nous lui avons laissé l’an dernier 6 à 7 milliards€ comme solde de notre contribution. Et pour 2018, M. Macron rajoute 2,3 milliards ! L’Etat français serait-il en excédent budgétaire ? Serait-il à jour de ses engagements envers les collectivité françaises ? On ne le rappellera jamais assez, l’argent des subventions européennes, celui qu’on va quêter en montant des dossiers soumis aux critères imposés par la Commission, selon des procédures complexes dictées par une technostructure tatillonne, c’est l’argent des Français qui leur est redistribué. Alors, si le recours du Grand Est aux fonds européens augmente de 19% en 2018, tant mieux !

C’est donc pleins de bonnes intentions que vous installez à Bruxelles, pour nos trois régions, une « ambassade » unique.

Nous pouvons comprendre la nécessité d’entretenir des relations institutionnelles, d’être visibles et armés pour capter au mieux les fonds européens, dans un contexte où l’on ne peut plus espérer grand chose de l’Etat.
Mais admettez que nous n’encouragions pas cette transformation de notre région en lobbyiste, cette concurrence sans pitié entre régions françaises à Bruxelles, nouveau maître du jeu qui déconstruit méthodiquement la souveraineté nationale. Nous voulons rester libres de notre destin, comme beaucoup d’Européens l’expriment aujourd’hui.

Sur ce budget, nous demandons un droit d’inventaire : non à l’ambassade à Bruxelles, non au financement de l’ARE (assemblée des régions d’Europe) qui ne communique qu’en anglais, non aux multiples opérations de com’ pour inventer une utopique « citoyenneté européenne » (*).
Mais oui : aux actions qui améliorent le quotidien des habitants, notamment les frontaliers, celles qui soutiennent les initiatives citoyennes, ouvrent des marchés à l’export à nos entrepreneurs et des échanges à nos écoles et universités, arment nos jeunes apprentis notamment par le bilinguisme.

Et s’il faut du lobbying, faisons-le déjà à Paris pour faire reconnaître nos besoins ! Comme, face à la saturation des axes routiers dans le Sillon lorrain, des améliorations qui ne devront en aucun cas être facturées aux usagers de la région. C’est au gouvernement de se battre à Bruxelles pour qu’une écotaxe expérimentale ne touche pas les transporteurs français.

Vous l’aurez compris, en matière de coopération, nous distinguons celle, prioritaire, avec les régions frontalières (650 000 €), des autres coopérations qui mobilisent 1,770 M€ : autant les échanges avec d’autres régions d’Europe peut se justifier par des liens historiques, mais nous attendons impatiemment qu’on fasse des choix clairs entre les 28 anciens partenariats.

Quant à l’aide internationale, elle ne ressort ni de nos compétences propres, ni des priorités de l’action régionale. C’est au niveau national qu’elle doit s’organiser. Les impôts locaux, levés par les collectivités locales doivent aller aux besoins locaux, c'est simple.
Aucun égoïsme là dedans, mais un sens des priorités, dans notre région qui a souffert plus que toutes de la désindustrialisation et où il y a toujours plus de chômeurs de longue durée et de + de 50 ans (193 000).
Peut-on vraiment parler de « reprise », quand notre région est transfusée par les revenus de 185 000 emplois frontaliers, soit 13,5% des emplois marchands ? C’était 9,3% il y a 6 ans ! La vraie réussite, c’est de recréer des emplois chez nous.

Nous demandons que le budget consacré à l’aide internationale soit donc redirigé vers nos compatriotes. Cela n’enlève rien à notre reconnaissance envers les associations qui s’investissent dans la solidarité internationale.
Je pense que nous tous, avec nos revenus propres, nous aidons l’une ou l’autre association qui nous touche. Mais l’argent versé par les contribuables du Grand Est doit aller vers la solidarité avec les Alsaciens, les Lorrains, les Champenois et les Ardennais dans le besoin.