Un budget 2018 qui manque de cohérence

Intervention de Kévin Pfeffer lors de la séance plénière du 21 décembre 2017 - Budget 2018 - Développement économique

Monsieur le Président,
Chers collègues,

J’ai lu le rapport du CESER sur le budget en matière de développement économique. En effet avec un coût de 3,5 millions d’euros par an pour fournir 2 à 3 analyses, le très coûteux CESER a produit un rapport de 34 pages, couverture, sommaire et interlignes comprises.

Comme souligné, dans ce rapport les moyens dédiés au développement économique sont en augmentation dans ce budget. Le signe d’un volontarisme incontestable pour répondre à une des priorités de votre action : l’emploi.

En revanche le CESER prétend que « L’affirmation de la présence du Grand Est à Bruxelles participe d’un objectif louable d’être en meilleur prise sur les politiques et les financements européens ».

Mais comment croire qu’une ambassade régionale à Bruxelles avec un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros par an pourrait avoir une quelconque prise sur les politiques européennes ?

Voici donc une nouvelle obligation des collectivités locales : aller quémander à Bruxelles l’argent qui devrait nous revenir de droit. Argent que la France donne, je le rappelle à perte à l’Union européenne. 20,2 milliards de contribution prévue pour 2018 d’ailleurs 2,3 milliard de plus que l’année passée et 9 milliards de pertes sèches plus tard, notre région pourra espérer récupérer quelques miettes.

Influencer les politiques européennes, demander des crédits à l’UE, dialoguer avec les territoires « votre G20 » et avec des entreprises choisies « votre G100 » ... vous n’êtes pas M. le Président à la tête d’un Etat.

Le « LAND » Grand Est que vous appelez de vos vœux tout comme votre prédécesseur n’a aucune réalité, ni dans son budget, ni dans ses compétences et ni même d’ailleurs auprès de ses habitants.

Sur un autre plan, ce budget et les différents dispositifs s’appuient de plus en plus sur les intercommunalités.
Plus une commission permanente sans autoriser subventions directes et dispositifs complémentaires des intercommunalités, le point d’orgue de cette volonté étant la mise en place des Pactes Offensives Croissance.

Même si certains dispositifs très pragmatiques et proches des territoires mis en place par les EPCI peuvent trouver notre soutien, notre groupe formule deux oppositions majeures à cette vision :
- Une première sur la forme et le choix de l’intercommunalité que nous diagnostiquons depuis plusieurs années comme cheval de Troie de la future suppression des communes et comme un échelon peu lisible, coûteux et souvent vécu comme une contrainte par les maires.
- Mais aussi sur le fond, car autoriser les EPCI à exercer la compétence de développement économique malgré la volonté de la loi NOTRE de la confier exclusivement à notre région c’est enlever de la lisibilité sur les dispositifs disponibles, c’est multiplier les guichets et les interlocuteurs pour nos entreprises.

Entreprises qui ne s’y retrouvent pas dans la jungle des dispositifs avec le sentiment que le Conseil régional n’est qu’un guichet que les plus débrouillards ou les plus initiés connaissent.

La promotion, la simplification des dispositifs semble être une clé essentielle pour la réussite d’une politique régionale. Or avec vos agences de développement économique, vos extranets et autres sites web à 150 000 euros pièce cette réalité du guichet unique tant promise semble encore s’éloigner.

Concernant l’ESS, ma collègue Dominique Bilde va revenir dessus plus longuement.
Certains projets sont individuellement louables mais globalement beaucoup d’effort pour assez peu de résultats :
En 2017 cela a représenté des subventions pour 66 équivalent temps plein (hors SCOP) avec objectif de 100 emplois CDI soutenus par la région en 2018…. 100 emplois…
Alors que dans le Grand Est, le nombre de chômeurs s'établit à 466 810 fin octobre. Ce nombre qui progresse de 1,5 % sur un an.

Par secteur d’activité, les chiffres restent pénibles :
- Baisse des emplois industriels : -1,1% sur un an
- Baisse des emplois dans la construction : -1,5% sur un an
- Et symptôme de la précarité voulue par Emmanuel Macron : nombre d’emplois en intérim +7% en un an.

Notre région au fort savoir faire industriel se transforme en une région de services et votre SRDEII et vos budgets ne semblent pas prendre en compte cette réalité.

Pour terminer, ce budget et vos dispositifs ne prennent pas en compte les fortes disparités territoriales à l’intérieur même du Grand Est et nous le regrettons.
Le taux de chômage par zone d’emploi variant de 5,5% dans la zone d’emploi de Wissembourg jusqu’à atteindre 12,6% à Saint-Dié des Vosges, 12,7% à Forbach.

En résumé, les différents dispositifs semblent légitimes et pertinents pris séparément. Mais nous faisons face à un problème de cohérence, à un manque de priorités.
A vouloir donner un peu à tout le monde, on passe à côté d’une vision stratégique globale nécessaire à notre région à côté d’actions ciblées pour rétablir l’équité entre nos territoires.